Epsor vs Shares : ils se battent pour la retraite et la tech

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Epsor vs Shares : ils se battent pour la retraite et la tech

Bonjour à tous,

après vos retours enthousiastes sur notre dernier duel tech (Shares vs Altruist), on revient avec ce format pour détailler les points de complémentarité et de différenciation entre Epsor et Shares qui ne font pas exactement le même métier mais partagent certaines ambitions.

Les deux fintechs françaises, nées à quatre ans d'écart, convergent en effet sur le marché de l'épargne salariale et retraite, dopé par la loi Pacte puis la loi Partage de la valeur visant à associer financièrement les salariés aux résultats de leur entreprise.

Les deux protagonistes

Epsor est fondée en 2017 par Julien Niquet et Benjamin Pedrini, que j'ai (*Numa) rencontrés sur les bancs de l'Inspection de Société Générale. Epsor équipe les entreprises (PME, ETI, puis grands comptes) de dispositifs d'épargne salariale et retraite (PEE, PER Collectif, PER Obligatoire) et sert les salariés via une plateforme pédagogique en architecture ouverte, multi-sociétés de gestion. Ces dispositifs de Compensation & Benefits deviennent alors un véritable levier d’attractivité et de fidélisation.

Ils sont forts, ils vont vite et iront très loin.

Réglementairement, Epsor opère via des agréments légers de CIF et de COA. La fonction lourde de tenue de compte-conservation est déléguée à Société Générale. Côté capital, Epsor a levé 43 M€ au total selon les sources publiques, dont une série B de 20 M€ en 2021 (Gaia Capital Partners, Augmentum Fintech, Partech et BlackFin), puis une série C de 16 M€ en 2025 avec le Fonds Stratégique des Transitions. Société à mission, labellisée B Corp, Epsor comptait plus de 1 500 entreprises clientes lors de la série C et près de 2 Mds d'encours gérés.

Shares est fondée en 2021 par Benjamin Chemla (ex-Stuart), Harjas Singh (ex-Revolut) et François Ruty et se lance comme une application de trading social grand public. Vers 2023 la société abandonne progressivement la logique B2C pour se réorienter vers les conseillers financiers, avec son offre Shares Pro. La société, qui a levé près de 90 M€ au total, se déploie aujourd'hui auprès des CGP en s'appuyant sur des partenaires de distribution comme Eres et Inter Invest pour accélérer son go-to-market, une bascule du grand public vers l'infrastructure professionnelle.

Shares devient le premier néo-broker français à cumuler l'agrément PSI d'entreprise d'investissement et celui de PSAN / PSCA.

La chaîne opérationnelle des acteurs

Epsor se concentre donc sur l'épargne salariale/retraite et exécute parfaitement sa stratégie et sa vision, au vu de sa trajectoire de croissance exceptionnelle et de son entrée à venir dans le top 5 français de sa catégorie, tandis que Shares continue de chercher sa martingale stratégique en élargissant son spectre d'intervention et sa remontée dans la chaîne de valeur, avec une forte composante technologique.

La performance commerciale d'Epsor vient de la profondeur de marché sur un segment précis et non de l’élargissement du périmètre. Cette concentration est souvent une force en fintech quand elle s’accompagne d’une bonne capacité d'exécution, de processus opérationnels et d’une connaissance réglementaire solides.

Epsor s'appuie principalement sur Société Générale pour la tenue de compte salariale, et a priori pour le passage d'ordre par chaque table de trading interne ou partenaire des sociétés de gestion avec qui Epsor travaille.

Shares ne semble pas vouloir se contenter d’être un distributeur d’offres d’investissement. La société combine TCC déléguée, brokerage, offre retail, offre conseillers, marque blanche et actifs numériques. Cela traduit une ambition de devenir une couche d’infrastructure financière plus complète, capable de servir plusieurs segments avec un même socle technologique.

Shares capitalise donc sur sa propre infrastructure de teneur de compte pour intégrer le PER compte-titres directement sur la plateforme Shares Pro, plutôt que de le sous-traiter à un tiers. Cette internalisation de la chaîne technique (custody, exécution, reporting) est une de ses forces.

Sur l'épargne retraite, comment les deux acteurs se distinguent sur l'offre produit ?

Si les deux fintechs affichent aujourd'hui une brique retraite, elles ne partent pas du même point de départ, ni avec la même maturité produit, ni avec la même architecture juridique.

Nature du produit et enveloppe juridique

Epsor propose exclusivement des dispositifs de retraite collective d'entreprise : le PER Collectif (ex-PERCO) et le PER Obligatoire (PERO), les deux volets prévus par la loi Pacte pour les entreprises souhaitant équiper leurs salariés. Ce sont des enveloppes à l'initiative de l'employeur, alimentées par l'abondement, l'intéressement, la participation ou des versements volontaires des salariés, et gérées par défaut en gestion pilotée avec un horizon de départ à la retraite. Epsor ne propose pas de PER individuel en marque propre actuellement.

Shares, à l'inverse, ne disposait historiquement d'aucune offre retraite. La brique arrive très récemment, via le partenariat noué en 2026 avec le groupe Inter Invest, qui a cédé à Shares Pro son activité de PER compte-titres (PER dit "bancaire"), conçu conjointement par les deux équipes. C'est une différence structurelle majeure : Shares mise spécifiquement sur la forme compte-titres, cohérente avec son statut de teneur de compte et sa logique de brokerage plutôt que d'assurance-vie collective. En moyenne, le PER bancaire se distingue par des frais nettement plus bas et un univers d'investissement plus large (en théorie), mais il perd les avantages successoraux propres à l'assurance-vie.

Univers d'investissement et gestion pilotée

Epsor a construit une véritable expertise produit sur ce segment depuis 2017 : architecture ouverte multi-sociétés de gestion, plus d'une centaine de fonds référencés, profils de gestion pilotée "horizon retraite", et une forte orientation ISR/SFDR Article 8-9. La société a par exemple lancé avec La Financière de l'Échiquier et Reforest'Action un support inédit combinant investissement responsable et compensation carbone, disponible en épargne salariale et retraite. Son outil "Fundscanner" permet aussi aux salariés de comparer la performance et les frais des fonds proposés, un vrai différenciateur pédagogique.

Chez Shares, l'univers d'investissement du PER reste à ce stade largement à construire : l'annonce d'avril 2026 avec Inter Invest précise que l'offre "viendra compléter l'offre existante, incluant déjà les comptes-titres (CTO), comptes-titres entreprises et PEA", mais sans détailler encore de profils de gestion pilotée, de gamme ISR dédiée ou de politique de frais comparable à celle d'Epsor.

Cible de distribution

Sur ce segment précis de la retraite, la différence porte sur le décideur chez le client. Chez Epsor, la décision reste portée par l'employeur (DRH, dirigeant), qui négocie directement le PER Collectif et le PER Obligatoire avec Epsor puis les applique comme dispositif collectif à l'ensemble des salariés éligibles. L'épargnant peut piloter l'allocation une fois le dispositif ouvert par son entreprise.

Chez Shares, le PER compte-titres n'est jamais vendu directement à un épargnant ni à une entreprise : c'est le CGP ou la banque privée qui active le produit pour son client, en s'appuyant sur le réseau Inter Invest fraîchement intégré à Shares Pro.

Conclusion

On a vraiment hâte de voir les évolutions à venir pour ces deux belles fintech tant sur le plan technique que produit et réglementaire. Les deux sociétés sont en réalité complémentaires sur quantité de points quand on les creuse et il n'apparaitrait pas absurde sur le long terme que ces dernières se rejoignent ...

Vous avez des idées de benchmarks ? N'hésitez pas à nous les partager qu'on s'en occupe !

À la prochaine 👋


Numa | Arthur | Karl

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