Les 3 erreurs qui tuent les fintech

Les 3 erreurs qui tuent les fintech

Cette semaine, nous avons remonté le fil de nos échecs. Ceux qui laissent des cicatrices dans le code, dans les funnels, dans les équipes. Plateformes d’investissement, KYC, outils pour courtiers : à chaque fois, les mêmes symptômes revenaient.

C'est parti !

Le constat est simple et brutal : beaucoup de fintech ne meurent pas faute d’idée ou de clients. Elles meurent parce que leur socle technique les empêche d’itérer. La stratégie est bonne, le marché existe, mais l’architecture les fige au moment où elles devraient accélérer.

Nous l’avons tous vu de près. Karl a passé des mois à aider des équipes à reconstruire une base de code inutilisable. Numa passé six ans chez Nalo où les partenaires banques et assureurs ont des systèmes de parcours dont la modification relève de la chirurgie lourde. Bastien a designé des expériences impossibles à intégrer proprement. À chaque fois, la même frustration : tout le monde voit ce qu’il faudrait faire, mais personne ne peut le faire assez vite.

De ces expériences, nous tirons trois erreurs récurrentes. Elles paraissent techniques, mais ce sont en réalité des décisions de produit.


Erreur n°1 : Figer l’architecture trop tôt

Dotfile en est un bon exemple. Leur première plateforme de compliance fonctionnait… jusqu’au jour où ils ont dû tout jeter pour recommencer. Un an de développement perdu, parce que la base n’avait pas été pensée pour évoluer.

En fintech, votre produit repose sur un assemblage de briques externes : vérification d’identité, lutte anti-blanchiment, agrégation bancaire, scoring crédit, etc. Ces briques changent. Vos besoins aussi. Si chaque changement de fournisseur implique de casser la moitié du système, vous n’êtes plus en train de construire un produit : vous entretenez un monument à la dette technique.

La réponse n’est pas l’over-engineering. C’est une exigence d’abstraction métier. Concevoir d’abord les objets business (dossier client, vérification, transaction, risque), puis les adapter aux contraintes techniques du moment, et non l’inverse. Une architecture qui protège vos décisions de produit des aléas de l’implémentation.


Erreur n°2 : Sous-estimer la vitesse de changement des parcours

Le funnel d’acquisition d’une fintech n’est pas un simple formulaire. C’est une conversation réglementée avec un futur client. Chaque champ, chaque étape, chaque friction peut être imposée par un régulateur… ou héritée d’une habitude que personne n’a challengée.

Dans la plupart des fintech, modifier une seule étape du parcours implique de retoucher à tout le Python, de réécrire des fonctions et de recâbler des composants. Un changement qui devrait prendre trente minutes se transforme en plusieurs semaines de coordination entre produit, design et tech.

Sur cinq ans, première phase de maturité opérationnelle et économique d'une fintech, la différence est colossale. Une équipe capable de tester rapidement une nouvelle séquence, un autre wording, un ordre différent de questions capture des points de conversion que ses concurrents ne verront jamais. La vélocité d’itération devient un avantage concurrentiel, pas un confort d’ingénieur.

Notre réponse aujourd’hui : des “builders de flows” maîtrisés en interne, des feature flags pour activer ou couper une étape sans déploiement lourd, des analytics (via PostHog) connectés à une réelle capacité de modifier ce que l’on mesure. Mesurer sans pouvoir changer est une forme raffinée d’impuissance.


Erreur n°3 : Confondre avantage stratégique et ego de constructeur

Beaucoup de fondateurs oscillent entre deux extrêmes. Soit ils veulent tout bâtir eux-mêmes, quitte à recréer un millefeuille de formulaires Word, d’exports Excel et de scripts maison. Soit ils confient leurs parcours critiques à des outils génériques type Typeform ou Tally, au prix d’intégrations bancales avec la compliance et le CRM.

Dans les deux cas, le système devient difficile à faire évoluer. Trop spécifique pour être maintenu sereinement, trop générique pour coller finement aux contraintes du métier.

Nous appliquons une règle simple : acheter les briques qui ne constituent pas notre avantage différenciant (par exemple le screening sanction et PEP avec des solutions comme ComplyAdvantage), et concentrer notre énergie de construction sur la couche produit : parcours, orchestration, expérience. Avec une hypothèse explicite : certaines briques achetées aujourd’hui pourront être internalisées demain si la roadmap le justifie.


Le principe invisible qui relie tout

Derrière ces trois erreurs, on retrouve les mêmes lois de base :

  • ne pas se répéter (DRY)
  • et ne pas anticiper des besoins imaginaires (YAGNI, You Ain't Gonna Need It).

Chaque fois qu’une équipe duplique un bout de logique ou construit une sophistication qui ne répond à aucun cas réel, elle avance dans le mauvais sens.

La nouveauté, c’est qu’un niveau d’exigence architecturale jadis réservé à des équipes de dix ingénieurs chez les géants du web est maintenant accessible à de petites équipes. L’IA permet de documenter, factoriser, générer du code plus propre, plus vite. Mais cette puissance ne sert à rien sans discipline sur ce que l’on choisit de construire.

Une équipe de quatre personnes, avec un bon usage de ces principes, peut créer une plateforme capable d’évoluer à la vitesse du marché, sans s’enfermer dans une dette technique paralysante.


Derrière les parcours fluides : une piraterie assumée

Pendant nos échanges, une remarque de Karl est revenue : les onboardings les plus fluides ne viennent pas de ceux qui appliquent la règle à la lettre, mais de ceux qui la questionnent finement.

Les néobanques l’ont fait avant tout le monde. Elles ont demandé : « Cette étape est-elle vraiment obligatoire ? Pour quel risque réel ? À quel moment ? ». En simplifiant radicalement, elles ont déplacé la barre de ce que les clients considèrent comme “normal”. Le régulateur a suivi a posteriori.

En France, beaucoup d’équipes préfèrent être irréprochables sur le papier, quitte à perdre des clients en route. Pourtant un régulateur vous laissera toujours quelques mois pour se mettre en conformité. Le vrai risque n’est pas de challenger intelligemment le cadre. C’est de rester immobile pendant que d’autres testent, mesurent et apprennent.


Veille technique

  • PostHog – Un outil d’analytics produit puissant, à condition que l’équipe garde la main sur les parcours qu’elle mesure.
  • Dotfile – Une plateforme de compliance qui illustre le coût réel d’une architecture rigide quand il faut pivoter.
  • ComplyAdvantage – Un exemple typique de brique de conformité qu’il vaut mieux intégrer que reconstruire dans la plupart des cas.

A la prochaine 👋


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